"Wùlu" sortie le 14 juin 17, interview du réalisateur

lundi 5 juin 2017
par  JL Gaget
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Avant la sortie en salle du premier long-métrage Wùlu, de Daouda Coulibaly, JustFocus a eu l’occasion de lui poser quelques questions.

Wùlu sortira sur les écrans français le mercredi 14 juin 2017. Réalisé par Daouda Coulibaly, réalisateur franco-malien, le film raconte l’histoire de Kadji, 20 ans et apprenti-chauffeur à Bamako, qui va entrer dans le trafic de cocaïne qui fait rage en Afrique de l’Ouest. Film efficace et original, Wùlu met en lumière une autre Afrique à contre-courant de celle que le septième art a l’habitude de dépeindre.

« Le cinéma qui est fait en Afrique aborde souvent les mêmes thématiques et la même façon de filmer, au point que le cinéma africain est presque considéré comme un genre en soi. »

Vous aviez déjà réalisé auparavant des court-métrages sur l’Afrique, mais d’où vous est venue cette idée de parler plus spécifiquement du trafic de cocaïne en Afrique de l’Ouest ?

Lors de mes différents séjours en Afrique de l’Ouest et notamment à Bamako (où j’ai vécu en 2011), j’ai remarqué que la criminalité y était une chose très particulière. En Afrique, il ne faut vraiment plus rien avoir à perdre pour tenter cette voie-là. Faire ce film était une façon d’étudier cela. Mais plus précisément, c’est à la suite de l’affaire Air Cocaïne en 2009, qu’il est devenu évident que j’avais envie de parler du trafic de drogue dans cette région.

Il est vrai que cela semble assez surréaliste comme affaire. On se rend compte que l’Etat n’est pas seulement complice, mais qu’il y a également participé, via l’armée notamment, c’est bien ça ?

Oui, il y avait ça. Il y avait les complicités, entre les narcotrafiquants et certains généraux de l’armée. Mais cette affaire a aussi montré l’ampleur du phénomène. Après ça, on ne pouvait plus dire que le trafic de cocaïne dans cette région était marginal. A partir du moment où il y a autant de cocaïne qui transite par l’Afrique de l’Ouest, et le Mali en particulier, on est obligé de s’en préoccuper parce qu’on sait que cela aura des conséquences locales.

Votre film ne traite pas de ce problème d’une façon complètement crue et réaliste. Il y a un certain onirisme et de l’originalité dans la mise en scène et la façon de dérouler le récit. Pourquoi ce choix ?

Justement, pour que ce soit efficace, il faut les deux volets. Le volet documentaire, qui est là pour expliquer comment se met en place ce trafic. A ce dernier, il faut aussi associer un volet plus distancié qui nous permet de prendre du recul et du champ par rapport à la réalité et l’évoquer d’une manière un peu plus poétique, onirique comme vous dites. Pour justement être dans l’intimité avec le personnage.

On a aussi l’impression qu’il n’y a pas vraiment de parti-pris dans Wùlu…

Oui j’ai essayé d’éviter de juger négativement, car c’est trop facile. Pour moi, le personnage de Ladji est quelqu’un de bien, qui aurait dû s’en sortir dans la vie autrement qu’à travers une carrière de trafiquant. C’est ça qui m’intéressait aussi dans le projet : partir de quelqu’un qui a toutes les chances de s’en sortir, qui symbolise une jeunesse dynamique, intelligente, travailleuse et qui finalement va se heurter au blocage de la société. Il trouve dans le trafic de cocaïne le seul recours possible pour sa survie.

Est-ce que le choix des acteurs/trices a été facile, rapide ?

Hum, ni l’un ni l’autre ! Je pensais que j’allais trouver Ladji, le personnage principal, à Bamako. J’ai rencontré beaucoup de monde sur place. J’ai jamais eu de vrai coup de cœur. C’est grâce à la directrice de casting et au producteur que j’ai eu connaissance d’Ibrahim Koma en France. Une fois rencontré, c’est devenu assez évident que ça devait être lui. Pour les autres personnages, il y a eu le recours à ma directrice de casting pour une partie et pour d’autres, ce sont des comédiens que je connaissais à Bamako.

Le titre de votre film fait référence à un rite d’initiation. Mais cette thématique est peu abordée par la suite, était-ce une façon de faire une métaphore ?

Oui, c’était une métaphore exactement, pour signifier le parcours initiatique de Ladji dans une société moderne. Lui qui vient d’une société traditionnelle, avec des valeurs transmises par des rites d’initiation (notamment le N’Tomo, évoqué en préambule du film), il va falloir qu’il s’adapte et qu’il découvre une nouvelle forme d’initiation. Celle qui va lui permettre de trouver sa place dans une société moderne, où l’on a adopté des valeurs contemporaines tel que l’argent. C’est un peu toute son initiation criminelle que le film propose de suivre.

Est-ce que vous-même et les comédiens, vous vous êtes beaucoup imprégnés de l’atmosphère de Bamako et du Mali pour réaliser ce film ?

Oui, moi je vivais là-bas donc ça fait partie de ma démarche. Je ne me voyais pas écrire un tel film en vivant en dehors du pays. L’essentiel des situations que l’on retrouve dans Wùlu ont été vécues sur place. Les autres sont des choses très documentées ou que l’on m’a racontées, mais il est vrai je me suis inspiré au maximum de ce que j’avais sous les yeux.

En général, les films que l’on voit sur l’Afrique sont surtout sur l’Afrique des « clichés » que les Occidentaux ont, sur celle des campagnes. Et c’est vrai que ça change et fait du bien de voir qu’il y a aussi des énormes villes où il y a une complexité…

C’est exactement le sens de notre démarche. Le cinéma qui est fait en Afrique aborde souvent les mêmes thématiques et la même façon de filmer, au point que le cinéma africain est presque considéré comme un genre en soi. Avec ce film, nous avons essayé d’apporter quelque chose de différent. Plus on aura de propositions, mieux on nuancera notre propos sur l’Afrique. A partir de là, on arrêtera déjà de considérer l’Afrique comme un pays. J’espère que vous serez nombreux à voir les choses comme ça, à ressentir la complexité, à essayer de voir ce qu’il y a derrière les clichés.

Il y a-t-il d’autres thématiques que vous envisagez de porter au cinéma dans un futur proche ou lointain ?

Non, je ne me pose pas la question comme cela. Je suis content d’avoir fait ce film-là, d’avoir mis ce sujet-là sur la table, mais moi je fonctionne par coup de cœur. La prochaine fois qu’il y aura un sujet qui me touche autant que celui de Wùlu, je me remettrai au travail.

Auteur : https://www.justfocus.fr/cinema/wul...


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